VAINCRE LA POLIO
LA POLIO EN CHIFFRES
PARTENAIRES
  LA MALADIE
LE VIRUS
LA REEDUCATION
  UNE LONGUE LUTTE
LES VACCINS
930 cas en 2003, contre 1918 en 2002 et 201 cas en 2004, selon les données centralisées par l'OMS au 25/05/04. Détail par pays...
L'éradication :
Besoins financiers de l'initiative mondiale d'éradication de la poliomyélite (2004-2008)...
Mobilisation dans les derniers pays endémiques : Réunis à Genève le 15 janvier 2004, les ministres de la Santé des 6 pays où la polio est encore endémique ont publié avec les représentants de l'OMS, de l'UNICEF, du Rotary International et des CDC...
L'OMS a élaboré un plan stratégique 2004-2008, qui remplace celui conçu pour 2001-2005, en intégrant les mesures nécessaires pour faire face aux nouveaux problèmes apparus...
 
 
- UNE HISTOIRE MARQUEE PAR DES MOBILISATIONS
- LA MARCH OF DIMES
- BREVE HISTOIRE DE LA POLIO par Christopher Rutty
  (Format PDF : 18 pages / 222 ko)
- JALONS HISTORIQUES DU RECUL DE LA POLIO
- REVOLUTION DANS LES TECHNIQUES DE REANIMATION
La March of Dimes, précurseur des grandes associations de lutte contre des maladies
TELECHARGEZ ce texte au
format PDF : 3 pages / 95 ko

La présidence de Franklin Delano Roosevelt (1932-1945), qui avait été victime de la poliomyélite en 1921 et en était resté paralysé des deux jambes, donna une gigantesque impulsion à la lutte contre la polio. Le président fut à l’origine de la création de la NFIP (National Foundation for Infantile Paralysis, Fondation nationale pour la paralysie infantile, du nom donné à la polio à l'époque), avec pour mission de trouver un remède contre la maladie. Basil O’Connor, vieil ami et avocat associé de Roosevelt, fut nommé à la tête de l'organisation.

Les objectifs de la NFIP étaient de soutenir la recherche, la formation du personnel soignant, les soins aux malades et la prévention de la polio. Pour la fondation, personne ne devait se voir refuser, faute d’argent, le meilleur traitement disponible. Un autre objectif était d’informer le public sur la maladie et les moyens de l’affronter. Au début des années cinquante, cette fondation, qui fonctionnait uniquement avec des dons privés, dépensait dix fois plus pour la recherche sur la polio que les Instituts nationaux de la santé américains.

Dans ses années les plus actives, entre 1941 et 1955, l’organisation passa souvent pour une institution publique alors qu’elle fonctionnait grâce aux contributions des classes moyennes et au dévouement de bénévoles. Ses membres appartenaient rarement aux couches sociales supérieures, sollicitées à l’époque par la Junior League, plus intellectuelle. Dotée d’une structure unique et spectaculairement efficace, la NFIP était véritablement
« populaire » au sens premier du terme. Trois mille comités locaux regroupaient quelque 90 000 bénévoles coiffés par cinq directeurs régionaux rémunérés. Deux millions de bénévoles s’y ajoutaient pour récolter les fonds pendant la campagne annuelle de janvier. Toutes les opérations de la NFIP étaient supervisées par le QG national de New York.

En janvier 1938, la première campagne de récolte de fonds de la NFIP obtint l’aide d’Eddie Cantor, animateur radio et star de vaudeville. Cantor exhorta les auditeurs à contribuer à la lutte contre la polio et leur demanda d’envoyer un dime (dixième de dollar) directement au président. Alors que les pièces affluaient, il baptisa la campagne « March of Dimes », allusion à « la Marche du Temps » (March of Time), actualités très populaires à l’époque.
Les vaguemestres de la Maison Blanche – qui avait dû embaucher cinquante employés supplémentaires pour traiter l’avalanche de courrier répondant à l’appel d’Eddie Cantor – se plaignirent que le gouvernement américain était au bord de l’asphyxie parce qu’ils ne trouvaient plus le courrier officiel de la Maison Blanche au milieu de tous ces dimes.
La nouvelle Fondation récolta 1,8 million de dollars en 1938, dont 268 000 arrivèrent sou par sou à la Maison Blanche ! Les sommes augmentèrent au fil des ans et, malgré la guerre, près de 20 millions de dollars furent réunis en 1945.

Après l’émission d’Eddie Cantor, des vedettes de la radio et du cinéma se joignirent à la campagne. Des célébrités hollywoodiennes tournèrent des courts métrages diffusés en lever de rideau dans des salles de cinéma, qui incitaient les spectateurs à fouiller leurs poches à la recherche d’une pièce. Le bureau de centralisation des dons abandonna la salle du courrier surchargée de la Maison Blanche pour des cinémas.

Outre ce déluge de dimes, l’équipe permanente de spécialistes en communication de la NFIP conçut une multitude de moyens de récolter des fonds. Ils utilisaient la radio (et, plus tard, la télévision), des enfants-sandwiches porteurs de pancartes, et les bénévoles de la Mother’s March, des femmes au foyer qui faisaient du porte-à-porte dans leur voisinage pour recueillir les oboles dans une boîte en fer blanc munie d’une fente.

Des méthodes spécifiques étaient adaptées à différentes cibles : adolescents, parents, grands-parents, etc. On demandait aux écoliers de récolter des dimes ; si toutes les cases de leur carte de collecteur étaient remplies, leur nom était porté sur un tableau d’honneur. Des visiteurs de la NFIP, après avoir demandé à des grands-parents de faire quitter la pièce à leurs petits-enfants, leur disait de penser à la perte terrible que ce serait s’il arrivait quelque chose à leurs jeunes descendants. En 1943, Mary Pickford, star du cinéma muet, fut nommée directrice honoraire des femmes bénévoles de la NFIP. Ces femmes devinrent la principale force de frappe de la March of Dimes, en partie parce qu’elles durent reprendre le flambeau quand les hommes partirent pour la guerre en Europe.

La Fondation sollicita l’aide de célébrités, de Jack Benny à Judy Garland et Helen Hayes, dont la fille était morte de la polio. Elle jouait aussi sur la peur comme dans un film terrifiant, The Crippler (« Le Paralyseur »), où la polio est personnifiée par une silhouette sinistre et caquetante rôdant autour des aires de jeu, prête à fondre sur les enfants. Tout était bon pour convaincre les gens de mettre la main au portefeuille. L’historien de la polio John Paul compare la création de la NFIP à « l’apparition soudaine d’une gigantesque fée marraine vivant de la publicité ». La cause de la polio est devenue une croisade grâce aux efforts de publicité de la NFIP ; la recherche sur la polio, écrit-il, s’est muée en « quête sacrée ».

La collecte de fonds de la March of Dimes fut un immense succès. Entre 1938 et 1959, elle récolta un total de 622 millions de dollars, dont la moitié servit pour les soins aux malades - dépenses médicales, hospitalisations et rééducations. Cinquante-cinq millions de dollars furent consacrés à la recherche et 33 millions de dollars à la formation des professionnels de la santé, dont les infirmières et les kinésithérapeutes. En 1954, année des essais du premier vaccin, la Fondation reçut près de 68 millions de dollars en dons.

Les campagnes de la NFIP éclipsaient les efforts de la plupart des autres organisations bénévoles dans le domaine de la santé ; seule la Croix-Rouge américaine récolta davantage et son succès était en partie dû à l’effort de guerre. Les méthodes publicitaires de sensibilisation de la NFIP mettaient cependant mal à l'aise des chercheurs dont elle finançait les travaux.

En rassemblant des fonds, la NFIP s’attirait la fidélité de ses donateurs, petits ou gros. Ils s’achetaient en quelque sorte une police d’assurance mutuelle ; si la polio frappait un jour leur famille, ils sauraient vers qui se tourner. Lorsque la presse rapportait une percée scientifique ou la livraison d’un poumon d’acier à une communauté, les articles soulignaient que c'était possible « grâce à votre contribution ».

La NFIP voulait en premier lieu aider les victimes de la polio. Près de la moitié des dons allaient aux associations locales qui accueillaient les paralytiques, pour l’hospitalisation et les soins des patients. L’autre moitié servait à la formation professionnelle, l’aide pendant les épidémies et le financement de la recherche sur les traitements et les vaccins. Après-guerre, alors que le nombre de cas de polio augmentait avec le baby-boom, de nombreux jeunes couples se joignirent au mouvement. Devenus parents, ils se sentaient directement concernés.

La Fondation nationale pour la paralysie infantile (rebaptisée March of Dimes du nom de sa campagne annuelle) se trouva sans objet avec la large utilisation du vaccin antipoliomyélitique à la fin des années cinquante. Comme elle le souligne elle-même, elle est la seule organisation d'aide à des malades à avoir vaincu la maladie contre laquelle elle avait entrepris de lutter. Dans les années soixante, elle se tourna vers les pathologies d'origine congénitale.

 
LIENS UTILES - QUI SOMMES NOUS - CONTACTS - RÉFÉRENCES
Ce site existe grâce au soutien d'Aventis Pasteur. Rédaction Dire la Science (Récits et citations extraits de Histoire de l'éradication de la poliomyélite, Les maladies meurent aussi, PUF, Paris, janvier 2004).