Le Pr Stanley Plotkin est Professeur émérite à l'université de Pennsylvanie et Conseiller d'Aventis Pasteur.
Quel a été le rôle de l'IPV (1) dans le recul de la polio à l'échelle mondiale ?
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| Pr Santley Plotkin |
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L'IPV est très efficace pour empêcher la poliomyélite chez les personnes vaccinées, ce qui est le premier objectif d'un vaccin. Il est également efficace pour éviter la poliomyélite chez les personnes non vaccinées, quand le taux de couverture vaccinale est suffisamment élevé, dans les pays où l'hygiène est bonne, comme aux Etats-Unis ou en France, par exemple.
Et le rôle de l'OPV (2) ?
Dans les pays en développement où l'hygiène sanitaire n'est pas bonne, la transmission fécale/orale du virus est très forte. Du coup, les souches vivantes atténuées de l'OPV se propagent d'une personne à une autre, soit par de l'eau contaminée soit par contact direct. Dans un premier temps, le vaccin oral protège la personne vaccinée et, dans un second temps, protège les personnes de son entourage. Le problème que pose l'OPV est que, de temps à autres, une souche vaccinale atténuée retrouve sa virulence et provoque des paralysies chez les individus vaccinés ou dans leur entourage.
Quelle serait la meilleure utilisation des vaccins pour parvenir à l'éradication de la polio ?
C'est une question controversée et qui est l'objet de nombreuses discussions. Je pense que les pays développés n'ont pas besoin du vaccin oral. Nous disposons d'un vaccin inactivé dont l'efficacité est excellente. Sa sécurité est également parfaite puisqu'il ne provoque jamais de paralysie. Il est facilement administré en même temps que d'autres vaccins recommandés ou obligatoires dans ces pays, qui disposent des moyens financiers et des infrastructures de santé suffisants.
Dans les pays en développement où le virus sauvage continue à circuler, le vaccin oral est très utile, et largement utilisé, pour des raisons de convenance : il est plus facile à administrer et coûte moins cher.
La question du vaccin à employer se pose surtout pour les pays intermédiaires entre les pays développés et les pays en développement, et chez lesquels le virus sauvage ne circule plus. Là aussi, la meilleure politique serait de passer à l'utilisation exclusive du vaccin injectable, afin d'éviter les problèmes liés au vaccin oral, la réversion des souches vaccinales et la persistance de souches dans la population.
Et après l'éradication, puisqu'il faudra continuer à vacciner au moins pendant un certain temps ?
Après l'éradication, nous n'aurons plus besoin du vaccin oral. Ce serait même dangereux de l'utiliser car il serait impossible de supprimer définitivement tous les cas de poliomyélite tant qu'on continuerait à administrer ce vaccin qui provoque environ un cas de paralysie pour 800 000 doses administrées. Et nous savons aujourd'hui que les souches vaccinales peuvent circuler silencieusement pendant des années avant de redevenir virulentes et de provoquer des foyers épidémiques. Il serait impensable de continuer à utiliser l'OPV.
En revanche, les pays qui voudront se protéger contre le retour éventuel d'une souche sauvage, si l'éradication n'est pas absolue, ou contre l'utilisation du virus de la polio par des « bioterroristes », devront continuer à vacciner avec le vaccin inactivé. Il ne fait aucun doute que ce sera le choix d'un certain nombre de pays développés, comme ceux d'Amérique du Nord et d'Europe.
Et dans les pays en développement, l'utilisation de l'IPV est-elle envisageable ?
Oui, en combinaison avec d'autres vaccins, et à condition que ces pays puissent en payer le coût. Tous les enfants de la planète devraient recevoir les vaccins dont bénéficient aujourd'hui les enfants des pays développés. Il faudrait donc pouvoir leur administrer une combinaison vaccinale efficace, qui inclurait le vaccin contre la poliomyélite inactivé. Le coût de l'IPV par lui-même ne serait qu'une composante minime du coût global de la vaccination. |