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Le docteur Blaise Yanogo, médecin-chef du Centre
national d'appareillage orthopédique du Burkina
Faso, à Ouagadougou, explique ainsi l'installation
des séquelles paralytiques de la polio :
« Avec la polio, certains muscles d'un membre
deviennent flasques, mais pas tous. Par exemple, si
les muscles qui tirent la pointe du pied vers le bas
fonctionnent mais pas ceux qui la tirent vers le haut,
le pied aura tendance à piquer vers le sol. La
personne ne peut pas marcher correctement, car elle
ne peut pas poser son talon sur le sol. Si la situation
dure, les tendons de l'arrière du pied se rétractent
et le pied ne peut plus revenir dans une position normale.
C'est ce qu'on appelle le “pied équin”,
typique de la polio. Le même genre de déformation
peut s'installer au niveau du bras. »
Dans les cas les moins sévères de paralysie
d'une jambe, le membre atteint s'atrophie par manque
d'activité tandis que l'autre membre continue
normalement sa croissance. Une jambe est plus courte
que l'autre, et la personne boite en se penchant sur
le côté, ce qui entraîne des déformations
de la colonne vertébrale.
Dans des cas plus graves, lorsque les deux jambes sont
touchées, la personne est obligée de se
déplacer à genoux, en s'aidant des mains.
Les membres s'atrophient au-delà du genou et
les articulations se soudent dans des positions angulaires.
L'avenir de beaucoup de victimes de la polio dans les
pays en développement est la mendicité.
D'innombrables anciens malades quêtent sur les
trottoirs et les chaussées de Dakar, Nairobi,
Delhi ou Saïgon, les plus chanceux dans un fauteuil
roulant, d'autres traînant à même
le sol leurs jambes atrophiées, déformées,
aux articulations soudées.
Lorsqu'une victime de la polio arrive dans un centre
de rééducation trop longtemps après
la maladie, il faut d'abord corriger les déformations
qui se sont installées. Albert Zondgo, kinésithérapeute
du Centre de rééducation et d'orthopédie
de Kaya, à 100 kilomètres au nord-est
de Ouagadougou, décrit ainsi son travail :
« Nous faisons les plâtres le lundi. Nous
plaçons un plâtre et le laissons une ou
deux semaines, selon la situation : deux semaines pour
une rétraction dure, sinon une semaine. Puis
nous l'enlevons. Nous déplaçons un peu
le membre avec une cale en bois, et nous refaisons un
plâtre. Et ainsi de suite. Petit à petit,
la position du membre est modifiée. Le tout peut
durer un mois et demi à deux mois, pendant lesquels
les patients sont hospitalisés dans le centre.
»
Les rétractions et déformations corrigées,
la rééducation peut commencer, les objectifs
étant les mêmes quel que soit l'âge
: « Quand un enfant a eu la polio, certains muscles
sont, en général, conservés et
peuvent pallier ceux qui ne fonctionnent plus. Il faut
apprendre à l'enfant à utiliser ces muscles
pour compenser, et ces muscles se renforceront. »
C'est le rôle de la rééducation.
L'orthèse aidera la jambe affaiblie à
soutenir le poids du corps, guidera les articulations,
corrigera les mauvaises positions et empêchera
l'installation de déformations. Six mois sans
appareil peuvent suffire à voir apparaître
ou resurgir des rétractions.
Dans les cas de déformation les plus graves,
seule la chirurgie peut permettre à la victime
de marcher. Sous anesthésie générale,
le chirurgien allonge les tendons rétractés,
en coupant environ les deux tiers de leur épaisseur,
le tiers intact s'étirant ensuite. Ce geste est,
par exemple, pratiqué pour rectifier rapidement
les pieds équins. Le chirurgien intervient aussi
sur les os et les articulations, par exemple pour réduire
et stabiliser une luxation de la hanche ; mais il s'agit
d'opérations très lourdes réservées
à des spécialistes et nécessitant
des moyens opératoires sophistiqués.
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